Hennebont, 2 000 ans d’histoire(s) au fil du Blavet

Découvrir Hennebont, c’est traverser tour à tour une place forte médiévale, une cité marchande, un centre industriel et des quartiers où nature et patrimoine se confondent.

« Hen-pont », le vieux pont en breton, apparait dans les textes au tournant de l’An mil, même si il existe quelques traces d’occupation plus anciennes. C’est au Moyen Âge et sous l’Ancien-Régime que la ville prend son essor.

Après la Révolution, le XIXe siècle poursuit sa transformation que marque l’installation des Haras nationaux et l’ouverture des Forges.

La cité ancienne avec ses maisons à pans de bois, ces places pavées et ses quais aux navires amarrés comme nous le montrent les cartes postales anciennes est balayée dans l’orage de la Seconde Guerre mondiale. La ville tout juste libérée s’embrase sous la pluie d’obus venus de la Poche de Lorient où l’occupant s’est retranché.

La paix revenue, il faut reconstruire. De nouveaux défis accompagnent la Reconstruction, il faut repenser la ville, aider la population, la reloger et ouvrir de nouveaux services sans oublier tous ces épisodes qui ont façonné la ville.

Contrairement aux communes alentour, le territoire d’Hennebont comporte peu de traces visibles d’occupations préhistoriques. Un tumulus est identifié auprès du centre hospitalier du Toul-Douar. Des témoignages oraux rapportent le découverte en mai 1957 lors d’un dragage du Blavet la découverte d’armes pouvant dater de l’Âge du Bronze (-3 000 à -1 000 avant notre ère). Hélas, ces pièces furent partagées entre les marins, revendues à un ferrailleur lorientais et fondues.  Ce n’est que quelques années plus tard que, s’appuyant sur un témoignage, une copie d’une dague en bronze est réalisée. Cette copie est aujourd’hui visible au musée de la Porte Broerec’h.

Ill. Dague de l’âge du Bronze, copie, Musée des Tours Broerec’h, association Hennebont-Patrimoine

C’est à partir de 1985 qu’est fouillé le site de Polvern. Sur cet espace mangé par une carrière, les archéologues mettent au jour les restes d’un fossé qui barrait un éperon situé entre le Blavet et le ruisseau du Temple, les traces de deux petits bâtiments et des trous de poteaux marquent l’emplacement d’un autre bâtiment circulaire. Un silo et un four sont également fouillés. Si le site semble dater de la période de la Tène finale (Ve – Ier siècle avant notre ère), plusieurs objets – fibules, amphores, céramiques dont une jatte avec une anse en tête de cheval et une représentation d’équidé en son fond – datent également une occupation au Ier siècle après Jésus-Christ. On y met également au jour des pièces de monnaies plus tardives avec les effigies des empereurs romains Claude II Le Gothique (269-270) et Tetricus Ier (273). Il est aussi attesté la découverte d’un trésor monétaire d’époque romaine sur le Mont-Délices dans les années 1960.

C’est en l’An Mil qu’apparaît pour la première fois le nom « Hennebont ». En breton, cela signifie le « vieux » (hen-) « pont » (-p/bont). En 1029, dans le Cartulaire de Quimperlé, un dénommé Huelin, seigneur d’Hennebont est cité lors de la fondation de l’abbaye Sainte-Croix. C’est la première fois qu’on lit cette dénomination. En 1060, c’est la formule « castro Henpont » – « château d’Hennebont » – qui est écrite à propos de la découverte des reliques de saint Gunthiern.

Cependant, par château, il ne faut pas penser à la Ville-Close, rive gauche, qui n’existe pas encore. Il faut plutôt voir dans ce « château » la présence d’une tour sur l’éminence, rive droite, qui surplombe le Blavet. Il ne reste rien de cette occupation qui disparaît dès la fin du XIIIe siècle. En revanche, une lecture du cadastre de 1835 ou un coup d’œil sur une vue satellite, met en évidence la présence d’une haute-cour et de la basse-cour. Elle forme enclos là où aujourd’hui la rue du Vieux-château fait perdurer son souvenir. La tour a pour but de surveiller le pont et la route qui le traverse qui relie Vannes à Quimperlé.

Au Sud-Ouest et au Sud-Est se déploie le quartier dit de la Vieille-Ville avec au Sud la présence du prieuré Notre-Dame (ou Sainte-Marie) de-Kerguelen dont les vestiges se trouveraient peut-être encore auprès de l’ancien couvent des Ursulines.

Au Nord-Ouest, c’est le quartier de Saint-Caradec. Niché dans une courbe du Blavet, il tient son nom d’un saint, ancien harpiste à la cour royale galloise. C’est lui qui donne son nom à l’église qui existe au XIIIe siècle et qui a disparu lors de ses agrandissements successifs.

C’est au XIIe siècle que sont édifiées la nef de l’église Saint-Gilles-des-Champs et la chapelle Saint-Gunthiern en Locoyarne.

A la fin du XIIIe siècle, le duc de Bretagne, Jean Ier dit Le Roux (1218-1286), mène une politique active d’accroissement du Domaine ducal. En 1264, un accord entre la famille ducale et Hervé IV de Léon (+ 1290) lui permet de récupérer le « château » rive droite et le port. Jean Ier entreprend alors la construction de l’enceinte urbaine qui donne naissance à la Ville-Close rive gauche.

Vue d’Hennebont en 1637 dessinée par Christophe Tassin, Les plans et profils de toutes les principales villes et lieux considérables de France, partie 1 – phot. Archives communales – mis en couleurs par le Service valorisation du patrimoine – Ville d’Hennebont.

Véritable verrou contrôlant la route et la rivière, la Ville-Close marque la puissance militaire et politique de la famille ducale. Elle est protégée au Nord et à l’Ouest par le Blavet non canalisé à l’époque. Il faut imaginer que la partie basse voit ses murailles baignées par la rivière. Et d’autant plus que le ruisseau du Loiro alimente deux étangs – entre la tour Saint-Nicolas et l’angle Sud-Ouest – avant de se jeter dans le Blavet.

Ville de fond de ria, elle voit son activité portuaire de développer comme peut l’attester, dans la Ville-Close, la dénomination Rue des Lombards qui rappelle le rôle des banquiers italiens.

Gisant de Blanche de Champagne (morte en 1283), épouse de Jean Ier, duc de Bretagne. Vers 1306, Limoges, France, cuivre sur âme de bois (noyer), L. 2,05 ; l. 0,50 ; ép. 0,24 m. Paris, Le gisant de Blanche de Champagne au Louvre-Lens, OA 208, Collection Alfred Ramée, acquis en 1873
© RMN-GP (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda.

Alors que Jean Ier Le Roux affirme avec la construction de l’enceinte son pouvoir politique, son épouse, la duchesse Blanche de Navarre (1226-1283) se soucie de l’avenir spirituel de sa famille en fondant non loin de là une abbaye de femmes. Elle confie l’abbaye Notre-Dame-de-Joye à l’ordre cistercien. Elle se fera d’ailleurs inhumer dans le chœur de l’église abbatiale. Les hasards de l’Histoire ont permis, malgré les destructions importantes de la Révolution et du XIXe siècle, que son gisant soit conservé. Réalisé en 1306, il est aujourd’hui présenté dans la Galerie du Temps au Louvre-Lens.

C’est au XIVe siècle, qu’Hennebont fait de nouveau parler d’elle. La ville est fortement mêlée, en cette guerre de Cent-Ans, à la Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) qui voit s’opposer deux familles qui chacune prétendent à la couronne ducale : les Montfort et les Penthièvre. A la mort du duc Jean III en 1341, Jeanne de Penthièvre (1324-1384), avec l’appui du roi de France, Philippe VI de Valois (1293-1350),  s’oppose à Jean de Montfort (1294-1345). Celui-ci a prêté hommage-lige à Edouard III (1312-1377), roi d’Angleterre qui s’est proclamé roi de France. Hennebont, ville monfortiste, est le théâtre de plusieurs sièges dont le plus fameux, en juin 1342, narré par le chroniqueur Froissart, raconte comment Jehanne de Flandres (1295-1374) sort de la ville par surprise et boute le feu au camp de son rival Charles de Blois (1319-1364). Cet épisode fameux lui vaudra d’être surnommée « Jehanne La Flam » par les poètes du XIXe siècle. Même si le nom « Flam » renvoie plutôt à sa terre d’origine les Flandres.

Vision romantique du XIXe siècle montrant Jehanne de Flandres apercevant ses alliés anglais depuis Hennebont, in François Guizot, L’histoire de France : depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, racontée à mes petits-enfants. Tome 2, Hachette, Paris, 1872-1876, vue 81 p. 77, Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 4-L35-296 (A, 2), https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k945872

 

La Guerre de Succession de Bretagne s’achève après la bataille d’Auray (1364) et voit la victoire des Montfort. Jeanne de Flandres s’est réfugiée en Angleterre où elle finira ses jours.

La politique ambiguë du duc Jean IV (1339-1399) oscillant entre amitiés anglaises et françaises voit la reprise des combats. En 1373, c’est Bertrand Duguesclin qui assiège Hennebont et passe sa garnison anglaise au fil de l’épée.

Siège d’Hennebont par Charles de Blois, XVe s, Chroniques de Jean Froissart, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 2643, vue 232, fol. 104 v°.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84386043/f418.planchecontact

En 1384, le duc fonde le couvent des Carmes qui s’installent en Ville-Close comme le rappelle la dénomination de la tour la plus à l’Ouest là où se trouve aujourd’hui le lycée Notre-Dame-du-Vœu.

Après ces années de conflits, l’enceinte est reprise et restaurée. On la modernise en l’adaptant à l’essor de l’artillerie comme le montre aujourd’hui la puissante et massive tour Saint-Nicolas.

Le XVIe siècle qui verra la Bretagne s’unir à la France débute à Hennebont avec un grand projet : la construction de la chapelle Notre-Dame-de-Paradis. La volonté des habitants portée par un dénommé François Michart (+1er avril 1527) aspire à la construction d’une chapelle dédiée à « Nostre Damne ». S’il a d’abord fallu vaincre les craintes et les réticences, notamment du côté des Pères Carmes et de l’abbaye de la Joye, la première pierre est posée en 1514 par l’abbesse Guillemette de Rivalain.

Légende : François Michart présente le plan de la future chapelle Notre-Dame-de-Paradis, baie 8, par Max Ingrand (1908-1969), 1962, Basilique Notre-Dame-de-Paradis, phot. SVaPat – Ville d’Hennebont, 2018

La consécration de l’édifice aura lieu le 19 juin 1524. Elle emprunte son style architectural au style gothique. Sa tour imposante et son chevet polygonal la rattache à la longue série d’édifices de ce type qui seront construits le long du Blavet en ce XVIe siècle de Saint-Christophe à Lorient jusqu’à Pontivy passant par Saint-Yves en Bubry, l’église de Bieuzy-les-Eaux ou encore Notre-Dame-de-Quelven.

Notre-Dame-de-Paradis vue du côté Sud, square de la basilique, phot. SVaPat – Ville d’Hennebont, 2018.

A l’origine Notre-Dame-de-Paradis n’est qu’une chapelle, c’est-à-dire un lieu de culte annexe dans une paroisse. L’église paroissiale au XVIe siècle à Hennebont, c’est l’église Saint-Gilles-Trémoëc. Si l’on sait qu’elle ne se trouve pas dans la Ville-Close mais sur la contre-escarpe du côté Est, il nous est encore difficile de la localiser avec précision. C’est vers 1570 que Notre-Dame-de-Paradis devient église paroissiale. L’l’église Saint-Gilles-Trémoëc est quant à elle fortement touchée par les combats lors des sièges de 1590 durant la Guerre de la Ligue. Son état proche de la ruine entraînera sa destruction.

L’ abbaye Notre-Dame-de-Joye, puissance spirituelle, a aussi un important poids temporel grâce aux dons et legs, à ses possessions de maisons à Hennebont et dans les paroisses rurales alentours. Elle possède des moulins et des pêcheries sujettes à d’incessants conflits pour y faire respecter leurs droits.

Les Carmes bénéficient aussi de droits importants et des largesses de familles importantes qui, pour certaines, se font enterrer dans l’église du couvent. Ils bénéficient entre autres du droit de guindage qui leur permet de toucher une commission pour chaque tonneau arrivant au port ; en échange ils doivent inhumer chrétiennement les noyés trouvés dans le Blavet.

C’est de la fin du XVIe siècle que datent les plus anciennes maisons de la ville, du moins celles qui ont réchappé aux bombardements du 7 août 1944 qui détruisent les trois-quarts du centre-ville. Parmi celle-ci on retrouve la maison du Sénéchal, la plus célèbre des quatre seules maisons à pans de bois restante de la Ville-Close, la façade de 1580 de l’hôtel de Lhermitte dans la Vieille-Ville, l’hôtel de Pithouays, rue des Lombards ou encore l’hôtel Saint-Georges, place Foch. A l’extérieur de la ville, le manoir de Kernadré et le manoir de Porh-en-Bas à Saint-Gilles appartiennent aussi à cette période. Posée au pignon d’une maison, une belle sculpture représentant L’Annonciation date également du XVIe siècle.

Hennebont se compose à cette époque de deux paroisses Notre-Dame-de-Paradis, rive gauche, et Saint-Caradec, rive droite. Saint-Gilles-des-Champs forme ce que l’on nomme une trève, c’est-à-dire une subdivision de paroisse. Elle atteint près de 4 500 habitants à la fin du siècle. Sur le plan économique, la vitalité de son commerce maritime s’appuie sur l’importation de vins, la première ressource fiscale de la Communauté de Ville et l’exportation vers l’Espagne, Bordeaux et Nantes de blés.

La fin du XVIsiècle est marquée par les derniers sièges que connaîtra la ville. Lors de la Guerre de la Ligue  (1588-1598), dernier soubresaut des Guerres de Religion, le gouverneur de Bretagne, Philipe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur (1558-1602) tente de rallier la province à la Ligue. Ce courant ultra-catholique refuse l’accession d’Henri IV au trône et s’oppose fortement au Protestantisme. Lors d’une première attaque en mai 1590 la ville est prise par Henri de Montpensier, prince de Dombes. Le duc de Mercœur décide en novembre de cette même année de reprendre la ville. Il fait positionner deux batteries de canons : une côté Vieille-Ville tire par-dessus le Blavet vers la porte d’Embas ; l’autre tenue par les Espagnols alliés de Mercœur tire vers la Porte Broerec’h. Les textes racontent que 500 boulets pat jour sont tirés et ce pendant cinq semaines ouvrant des brèches dans l’enceinte. Le 22 décembre 1590, la Ville se rend au sire de Saint-Laurent. 20 000 écus sont remis aux Ligueurs afin d’épargner aux habitants le pillage. Et Jérôme d’Arradon devient gouverneur de la ville pour la Ligue. Lors de la restauration d’après-guerre, dans les années 60, trois boulets sont exhumés et placés dans la maçonnerie tour Saint-Nicolas où ils sont encore visibles. Peut-être sont-ils issus des canons de Mercoeur.

Ces événements vont entraîner le début de ruine de l’ancienne église paroissiale Saint-Gilles-Trémoëc. L’enceinte connaît aussi des reconstructions : la porte d’Embas est repensée et on dote l’angle Sud-Ouest d’un bastion qui prendra le nom de « bastion de Lorraine » ou « de Mercœur ». Cet élément de fortification bas et trapu en forme de flèche est visible sur le plan de 1637 dessiné par Christophe Tassin. Détruit au milieu du XVIIIe siècle, on peut se faire une idée de son aspect en regardant les bastions de Groix et Desmourier de la citadelle de Port-Louis qui datent de la même année.

Après ces 10 années de conflit, il faut reconstruire. Le XVIIe siècle voit le développement des quartiers hors de la Ville-Close. En 1623, une souscription publique permet le creusement du puits ferré. Situé sur une placette entourée de maisons, il alimente en eau ce nouveau quartier.

La place du puits ferré au début du XXe siècle, carte postale, phot. Archives communales – Ville d’Hennebont, 2018.

 

Sur la place, autour de la basilique, de nombreuses familles font édifier leurs hôtels particuliers comme la maison Ponsard ou encore l’hôtel Couessin. L’un des plus remarquables est sans conteste l’hôtel de Kerret avec ses hautes toitures, sa cours sur l’avant et son jardin à l’arrière. Curieusement il possède dans certains appuis de fenêtre de petites meurtrières pour tirer à l’arquebuse et certaines fenêtres devaient être renforcées de grilles en fer forgé. Il possède sur l’arrière une petite tourelle qui n’est pas sans rappeler celle de la Maison des confesseurs à l’abbaye.

Portant la date de 1669 sur sa grande lucarne,la Maison des confesseurs est un bâtiment atypique. Construit, comme l’indique son nom, pour accueillir les prêtres chargés des cérémonies pour les religieuses, ce petit pavillon marque une période de reconstruction de l’abbaye. Celle-ci avait été fortement touchée par un incendie au début du XVIe siècle. A la fin du siècle (1693), l’abbesse Suzanne de Ploeuc fera reconstruire le logis abbatial encore visible aujourd’hui bien que transformé au XIXe siècle.

La Bibliothèque nationale de France conserve un dessin qui montre l’étendue et l’importance immobilière de l’abbaye Notre-Dame-de-Joye, à l’aube du XVIIIe siècle.

Vue cavalière de l’abbaye Notre-Dame-de-Joye, dessin de Louis Boudan, 1707, Fonds Gaignères, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST VA-410, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6902584w.item

C’est aussi en ce très religieux XVIIe siècle que s’installent à Hennebont des religieuses de l’ordre de sainte Ursule.  Ces Ursulines, venues de Ploermel et qui ont pour vocation l’éducation des jeunes filles font bâtir leur couvent à l’emplacement de l’ancien prieuré Notre-Dame-de-Kerguelen en rive droite. Ce vaste bâtiment amputé de son église, de son cloître et de l’aile Ouest est aujourd’hui connu sous le nom de maison Saint-Hervé.

L’ordre des Frères mineurs Capucins installe aussi un couvent en 1636 sur le Mont-Délices. Les religieux bénéficient des libéralités de François de Cossé-Brissac, lieutenant-général du roi en Bretagne.

Ville fluvio-maritime et portuaire, donc ouverte sur l’extérieur, Hennebont est très sensible aux maladies contagieuses. Si celles-ci la touchent régulièrement, entre 1630 et 1640, la situation est préoccupante. En 1639, les archives indiquent près de 200 morts victimes de « maladie contagieuse ». Les Hennebontais se tournent vers les saints protecteurs contre la peste, Roch et Sébastien. Ils font vœu de faire construire au Bois-du-Duc une chapelle à eux dédiée. On cherche aussi à isoler les malades. En 1626, grâce aux libéralités du sieur Olive, l’hôpital Saint-Louis, est construit. Il remplace l’ancien hôpital Saint-Georges détruit suite à la Guerre de la Ligue. Cet Hôtel-Dieu est dirigé par François Eudo de Kerlivio (1621-1675).  Prêtre, né à Hennebont, il en assure le bon fonctionnement sur ses propres deniers et fait appel aux Filles de la Charité de saint Vincent-de-Paul pour les soins aux malades. Nommé vicaire-général du diocèse par l’évêque de Vannes, Monseigneur de Rosmadec, il devient une figure éminente de l’histoire religieuse du XVIIe siècle.

Mais l’épisode qui va marquer durablement l’histoire de la ville est celui du Vœu de 1699. En septembre de cette même année, une épidémie se propage en ville. Si l’on ne connait par sa nature exacte, elle est communément appelée « peste ». Il en est de même pour son origine : insalubrité due aux marécages, contagion par des marins venus des colonies outre-Atlantique ? Elle provoque des ravages dans la population. En septembre, 87 personnes sont décédées contre 16 le mois précédent. Le 22 septembre, Jeanne Agnès Allain, épouse du seigneur de Penhoët décède avec sa fille. Elle venait d’accoucher d’un petit garçon. Cet épisode sera au centre d’un grand tableau commandé en 1807 à Henri-François Mulard (1769-1850). Las de lutter, les Hennebontais décident de s’en remettre au ciel et de prononcer un Vœu solennel priant Notre Dame de faire arrêter la maladie.

C’est une délibération de septembre 1702 conservée dans les archives de la Ville qui mentionne ce Vœu en l’officialisant trois ans après la décision d’y recourir. Elle rappelle qui furent les participants et ce à quoi s’engagèrent les Hennebontais en cas de réussite : offrir à Notre-Dame-de-Paradis une statue en argent.

Délibération du 19 septembre 1702 à propos du Vœu, Registre des délibérations de la communauté de Ville, archives communales, BB ?, Hennebont, phot. : archives communales – Ville d’Hennebont

Dès octobre le nombre de décès diminuent comme l’atteste les archives. La communauté de Ville décide alors qu’une cérémonie de remerciements serait renouvelée tous les ans le dernier dimanche de septembre. Une confrérie du Vœu est créée et devient rapidement la plus prospère de toutes à un point tel qu’elle se voit sollicitée pour participer au financement de tel ou tel travaux sur l’église.

Les paroisses voisines également frappées par le fléau s’associent au Vœu et viennent lors du Pardon se mettre sous protection de Notre-Dame-du-Vœu.

Au cours du XVIIIe siècle, la ville continue son développement et s’enrichit comme en témoignent les hôtels particuliers remarquables qui sont construits. Place Foch, c’est l’Hôtel de Boutouillic avec sa belle lucarne datée 1747 et sa corniche semblable à celle de l’hôtel de Kerret ou encore, en 1728, l’hôtel Le Gouvello, ancienne Caisse d’Epargne. Dans ce qui est aujourd’hui la rue Nationale, on trouve l’hôtel de Keridecc et celui du Couëdic. A l’angle de la rue Léo Lagrange, l’un deux possède une niche à statue datée 1718.

Dans la Ville-Close, sont édifiés l’hôtel Le Milloc’h, le vaste hôtel de Perrien, tout deux dans la Grand’rue. Plus bas, rue des Lombards, l’hôtel Audouyn est daté à même la pierre de 1766. Ces immeubles se caractérisent par une façade ordonnancée, un bandeau en larmier qui délimite les différents niveaux et des lucarnes à frontons curvilignes. On trouve à Saint-Gilles, sur la place de l’église, une maison plus modeste qui emprunte elle aussi ce vocabulaire architectural.

Hennebont est le siège d’une sénéchaussée, c’est-à-dire qu’elle possède un tribunal royal. Le sénéchal y représente le Roi. Vers 1632, celui-ci s’installe dans l’Auditoire dont le bâtiment existe encore en Ville-Close, siège aujourd’hui du Bouffou Théâtre à la Coque. C’est aussi en ces lieux que se tiennent les assemblées de la communauté de Ville. On peut voir aux archives départementales d’Ille-et-Vilaine un beau plan dessiné de l’Auditoire en 1784.

Entrée de la salle de l’Auditoire sur la place Leyssen au début du XXe siècle, carte postale, archives communales – Ville d’Hennebont,

 

Reconstitution 3D de l’ancien auditoire en 1784 grâce au plan conservé aux archives départementales d’Ile-et-Vilaine. Au premier plan se trouve la salle d’audience avec les bancs et les estrades et dans la pièce du fond la chambre du conseil où se trouvaient les archives. Le corridor latéral servait pour ranger la pompe à incendie, les échelles et les tuyaux depuis 1738. Réal : Service valorisation du patrimoine – Ville d’Hennebont – 2013

 

Le 11 août 1689, Madame de Sévigné après un passage à Port-Louis puis à L’Orient vient en soirée, dormir à Hennebont. Lorient n’est encore qu’un chantier naval et une place commerciale. C’est Hennebont qui reste la ville principale. Mais les relations se compliquent. Lorient accueille des troupes qu’elle ne peut loger. En conséquence, elle sont logées comme c’était l’usage chez l’habitants. Des réquisitions ont lieu tout au long du XVIIIe siècle notamment à Hennebont qui mécontentes fortement la population. Les officiers de la Marine ou de la Compagnie des Indes qui ne trouvent pas à se loger à Lorient louent des maisons à Hennebont. Les propriétaires en profitent un peu et s’attirent des commentaires peu amènes.

Deux personnages illustrent la présence de ces officiers à Hennebont : Jean-Baptiste d’Après de Manevillette et Thomas-Antoine de Mauduit du Plessis. Le premier est capitaine de vaisseau de la Compagnie des Indes mais aussi hydrographe, cartographe et astronome. Il s’installe au manoir de Kergars vers 1750. Il réalise depuis le manoir d’importantes observations astronomiques comme des éclipses du soleil en 1764 et 1765. Le second se distingue lors de la guerre d’Indépendance américaine. Il reçoit une commission de lieutenant-colonel d’artillerie de l’armée américaine en 1778 sur proposition du général Georges Washington.  Cette famille hennebontaise demeure en son hôtel particulier construit à l’emplacement de la barbacane de la porte d’Embas. C’est en ces lieux que se tient une entrevue diplomatique au cours de laquelle l’envoyé du Congrès américain vient demander, en 1780, soutien au roi Louis XVI pour la guerre d’Indépendance. Il rencontre à l’Hôtel de Mauduit le marquis de Castries, le nouveau ministre de la Marine.

[Note : pour approfondir l’histoire de ces deux hommes, à lire les articles de Michel Pichon  dans Les cahiers d’Histoire du Vieil-Hennebont, n°1 avril 2012)

L’hôtel de Mauduit au début du XXe siècle, en arrière-plan, sur cette carte postale, archives communales – Ville d’Hennebont

Un bel objet témoigne aussi de la présence d’hommes de mer à Hennebont. Il s’agit d’un ex-voto en forme de navire conservé en l’église de Saint-Caradec mais actuellement visible à l’Hôtel de Ville. [Reprendre txt vitrine]

l’ex-voto de la frégate de Saint-Caradec, matériau, dim. , ISMH

A la fin du XVIIIe siècle, la ville connait d’importantes modifications urbanistiques. Elle demande au Roi l’autorisation de détruire certaines parties de l’enceinte qui gênent son développement. En 1743, Louis XV accorde « un brevet de permission de démolition de la porte d’Embas ». L’ancienne porte médiévale, la porte d’Embas, qui ouvrait sur le pont au-dessus du Blavet est détruite. Suit la tour Capitaine en 1759, dont le nom d’une rue garde le souvenir, qui permet de passer des halles dans la Ville-Close vers les rues Neuve et du Vicaire extra muros et, un peu plus tard (1769), le bastion de Mercoeur. C’est à cette époque que l’on entreprend la réalisation de véritables quais sur les bords du Blavet, utilisant sans doute les pierres récupérées suite aux destructions, afin d’absorber plus aisément les flux de marchandises. Témoignage de l’activité économique internationale, les archives conservent une cloche fondue à Bruges en 1779 par Goergius du Mery. Trouvée dans le Blavet, elle provient d’un navire commandé par le capitaine Hania et était la propriété de Mme Alyda Van Workom.

La porte Broerec’h fait l’objet de travaux et perd son rôle initial avec l’expansion de la ville et elle est utilisée comme prison.

L’hôtel-Dieu est doté d’un nouveau bâtiment qui vient l’agrandir. Le plan du projet daté de juin 1788 est conservé aux archives municipales.

Plan du bâtiment à construire sur le terrain de l’Hôtel-Dieu […], 16 juin 1788, GG70, archives municipales, Hennebont. En bleu l’Hôtel-Dieu et en rouge le nouveau bâtiment. Phot. : archives municipales
Le pont-à-mer, passage unique sur le Blavet à Hennebont, connait tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles de nombreux désordres. En 1683, alors qu’il est en réparation, il est emporté par les glaces. Remis en service en avril 1686, l’arche centrale, neuve, s’effondre en octobre. Les inondations menacent régulièrement son intégrité. A la fin du XVIIIsiècle, en 1768, il menace encore ruine. La Ville est obligée de trouver régulièrement des financements pour pourvoir à ses multiples réparations d’autant que d’autres impératifs (logements des gens de guerre, aménagement des quais, …) grèvent son budget.

 

L’essor de Lorient fait naître des tensions. Les Hennebontais refusent qu’un marché y soit créé  de peur de ruiner le leur. Du côté de Lorient, on soupçonne des spéculations sur les grains qui leur sont vendus. Hennebont, siège de la subdélégation de l’Intendance de Bretagne et de la sénéchaussée, tient à sa main la justice royale à laquelle est soumise Lorient. La ville nouvelle tente, en 1776, d’obtenir sa propre subdélégation mais sans succès.

A la vieille de la Révolution, ce sont deux mondes qui se font face : Lorient, la ville neuve et industrielle, ouverte aux idées des Lumières et Hennebont, vieille cité bourgeoise et noble à l’ombre des clochers de ses églises et de ses communautés religieuses.

En avril 1789, les différentes corporations de métiers d’Hennebont sont convoquées pour la rédaction des cahiers de doléances. Les Archives départementales du Morbihan en conservent dix-huit. Les réunions s’organisent également pour préparer la réunion des Etats généraux réunis par Louis XVI et qui s’ouvrent en mai 1789. Les députés seront 170 pour la Sénéchaussée avec une large majorité de ruraux – des laboureurs aisés  –   et 26 citadins, marchands et « professions libérales ».

 

Cinq jours à peine après la prise de la Bastille,  ils sont 70 habitants à voter pour se mettre au service de la Patrie, de maintenir l’autorité royale, les libertés de l’Assemblée nationale et « jurent de verser jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour la maintenir ». Ils montent un comité qui, en cas de nécessité,  convoquera une assemblée des habitants. Ils renforcent la milice de la Ville et vont même jusqu’à demander des armes au gouverneur de Port-Louis qui refuse. L’Abolition des privilèges est fêtée le 8 août par un Te Deum dans l’église Notre-Dame-de-Paradis.

 

Cependant l’instauration de la loi martiale et surtout la loi sur la libre circulation des grains commencent à provoquer des remous dans la population. Le manque de grains poussent les villes voisines comme Quimperlé ou encore Concarneau à faire appel à Hennebont. Cependant, sur les rives du Blavet, La crainte de la disette exacerbe les comportements : l’embarquement de trois tonneaux de seigle pourtant vendus en toute légalité provoque la colère de la foule. Le seigle est débarqué, saisi et mis sous clef à l’Hôtel de Ville.

 

Les discussions sur les projets de découpage en département et en district n’arrangent pas les choses. Lorient, beaucoup plus peuplée qu’Hennebont – 18 000 habitants contre 4 500 – souhaite avoir son propre district et argue de son patriotisme. L’assemblée des députés bretons choisit Hennebont. Sa rivale furieuse saisit l’Assemblée nationale qui tranche en laissant siège du district à Hennebont mais en plaçant la juridiction sur Lorient.

 

C’est la question religieuse qui avive les tensions. Car, si les Hennebontais semblent bien accepter les nouvelles orientations politiques, la ville héberge la trentaine de religieuses de l’abbaye Notre-Dame-de-Joye, les Pères Carmes, les Capucins et les Ursulines plus les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul de l’hôpital sans compter les prêtres séculiers qui œuvrent dans les églises et chapelles de la ville.

 

Les biens de l’Eglise sont confisqués le 2 novembre 1789. A l’hiver 1790, les vœux monastiques sont interdits et les ordres religieux réguliers supprimés. Les religieux doivent quitter leurs bâtiments : le couvent des Carmes dans la Ville-Close et celui des Capucins au Mont-Délices sont vendus entre décembre 1790 et octobre 1791. La constitution civile du clergé avec l’obligation de prêter serment de fidélité « à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout [leur] pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi » devient loi à l’été 1790. Des prêtres refusent ce serment civique. Seuls quatre d’entre eux s’y prêtent. Mais, le 13 février 1791, Pierre de Largilliière, desservant Notre-Dame-de-Paradis, se rétracte. Toutefois le maire rappelle le 25 septembre 1791 que les membres de la municipalité doivent participer à la Fête du Vœu.

 

Religieuses et prêtres réfractaires font montre d’une réelle opposition notamment les religieuses de Saint-Vincent-de-Paul qui œuvrent à l’hôpital. Elles se voient chassées et l’on met à leur place « des filles pieuses ».  A l’abbaye de la Joye, la 26e abbesse, Madeleine-Clotilde de La Bourdonnaye, fait front et déclare à la Municipalité être « dans l’intention de vivre et mourir dans sa communauté ». Les religieuses voient aussi leurs deux confesseurs prêter serment.

 

En 1792, ont lieu les expulsions : les Ursulines en juillet et les religieuses de la Joye en octobre. C’est un dénommé Hebert qui fait l’acquisition de l’abbaye Notre-Dame-de-Joye pour 81 100 livres et le couvent des Ursulines est vendu 50 000 livres à M. Sauvager. En plus de la vente des immeubles, les agents municipaux procèdent également à l’inventaire et à la saisie des biens de l’abbaye.

 

En 1792, des travaux se tiennent dans l’église Notre-Dame-de-Paradis que l’on débarrasse de ses bancs pour les remplacer par des chaises – le droit de banc était réservé aux familles aisées  -, on vend les tapisseries qui l’ornait. En novembre de cette même année, la municipalité transmet au district l’argenterie des églises de la ville. La statue en argent de Notre-Dame-du-Vœu offerte après l’épidémie de 1699 est envoyée à la Monnaie à Nantes afin d’y être fondue. Il s’agit de faire preuve du total dévouement total que la Ville voue à la Patrie. La dernière procession du Voeu date de cette année. Notre-Dame-de-Paradis devient, en 1793, le temple de la Raison puis, l’année suivante celui de l’Être Suprême. Elle est même utilisée comme halles pour la foire de Pâques. A l’occasion de la fête de la Souveraineté du Peuple, elle se transforme en salle des fêtes avec « tapisseries, guirlande de verdure, bandes tricolores, … ».

 

La colère gronde surtout dans les paroisses environnantes. En 1795, un combat naval auprès de Groix permet aux émigrés et aux Chouans de Cadoudal appuyés par la Marine anglaise de débarquer à Quiberon. Hennebont est défendu contre les Chouans par les marins de M. de Villaret-Joyeuse et les troupes républicaines de Hoche.

Saint Louis, statue, bois polychrome, fin XVIIe – début XIXe, salle de lecture des archives municipales, Ville d’Hennebont. Phot. : Service valorisation du patrimoine. Il est curieux de noter que cette statue qui occupait une niche au pignon Nord de l’Hôtel-Dieu semble vêtu d’un costume évoquant ceux des représentants du peuple à l’époque du Directoire.

 

En 1799, Bonaparte, consul, renverse le Directoire. La situation se stabilise. En 1804, c’est le Premier Empire.

 

Pour en savoir plus :

Eugène Crépeau et Francis Magnanon, Hennebont et la Sénéchaussée en 1789, Hennebont, juin 1988.

A venir la suite de l’histoire d’Hennebont …

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